Le critique, l’amateur – collectionneur & l’artiste ?

11 Fév 2026

 

QU’EST-CE QU’UN CRITIQUE ?

Éthymologiquement (Cnrtl) (1762) :
« Celui qui décide du sort de quelqu’un ou de quelque chose, qui amène un changement ».

Selon Charles Baudelaire, dans « A quoi bon la critique », (Salon de 1846).
« La critique doit être partiale, passionnée, politique, c’est-à-dire faite d’un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons ».

Selon Mario Pedrosa :
La conviction qui sous-tend la posture de critique engagé porte sur un art dont la force politique émanerait précisément de son éloignement, voire de son opposition aux discours et aux pouvoirs dominants. L’engagement viendrait alors de pair avec la lutte.(…) Car l’art est avant tout comme un moyen de connaissance. Il s’est délivré de ses servitudes séculaires […] pour se présenter, pour la première fois, comme un but en soi, c’est-à-dire comme phénomène esthétique tout court. Il ne se confond plus ni avec la magie, ni avec la religion, ni avec la politique, ni avec la mode, et il est jugé d’après ses propres lois et exigences.(…). Alors s’il doit jouer un rôle fondamental, l’art devra contribuer de manière spécifique à la construction du processus social. Si bien que ce sera par ses caractéristiques cognitives, par sa manière nouvelle de faire percevoir la réalité, qu’il démontrera sa capacité à transformer, et non à docilement reproduire, cette réalité.

ALORS ? Qu’il soit, historien, analyste, penseur, observateur, chroniqueur, commentateur, à lamode, connaisseur, aimant, justificateur… un critique est finalement un passeur ; une cheville ouvrière du changement.

 

QU’EST-CE QU’UN AMATEUR – COLLECTIONNEUR D’ART ?

Selon Charlotte Guichard (dans « Les amateurs d’art à Paris au XVIIIe siècle ») :
« Siècle du goût, le XVIIIe siècle s’interroge sur les critères légitimes du jugement artistique :sentiment contre raison, subjectivité de la représentation, contre universalité de l’Idée de Beau« .

L’amateur est en effet reconnu depuis la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1663, par le statut des « honoraires amateurs ». Ce statut, modifié et réévalué en 1747, se compose dès lors des amateurs et des « Associés libres ». Ils n’ont aucun pouvoir délibératif, mais en tant qu’amateurs, ils sont présents aux séances, et se définissent par « leur relation d’admiration, de protection et d’amitié à l’égard de l’art et des artistes ».
En cette période de relance de l’Académie, « les élections, souvent négociées, des honoraires, s’emploient à maintenir l’équilibre entre distinction sociale et affirmation du goût », et favorisent par des conférences et des salons la structuration d’un espace public, à l’encontre du statut de « curieux » du moment. Aussi, le Comte de Caylus (entre 1747 et 1765), chef de file de ce changement, offre à l’amateur de concrètement proposer une nouvelle lecture du « champ » artistique. Si bien qu’en dépit des effets de la commercialisation des arts, des divertissements, en dépit de la « politisation des critiques », il s’agit de renouveler les modes d’intervention en intégrant un discours patriotique, en utilisant la pratique de la sousription, et en créant de nouvelles sociétés comme la Société des Amis des Arts sous la Révolution, dont le modèle va se perpétuer jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Ainsi, l’amateur n’est pas un collectionneur comme un autre ; il fait de sa collection le lieu de son expertise et le théâtre de sa renommée.

Puis, avec l’imprimé, les collections voyagent, et les réputations, en créant des noms et de la valeur, et en mettant en forme des savoirs lointains. Enfin, le théâtre de la vente publique invente une « communauté des enchères », fixant dans le tissu urbain ces institutions culturelles que sont les hôtels des ventes.
Cette nouvelle topographie de la consommation de l’art est ainsi confortée par une « esthétique de la possession ». Former une collection au XVIIIe siècle à Paris reflète une réflexion sur ce que l’on veut désormais acheter (l’acquisition est un geste qui se justifie), et montrer (non plus la totalité de l’histoire de l’art, mais les collections françaises).

La collection réclame ainsi une scénographie particulière qui va mettre en scène devant un public choisi les compétences de l’amateur : son amour de l’art exprimé comme un plaisir partagé, son éducation du goût, sa manière de manipuler les oeuvres.

Le XVIIIe siècle devient l’âge d’or de l’amateur, entre l’apogée du mécène au XVIIe siècle et celui du collectionneur au XIXe siècle », où « la collection est à la fois le lieu d’une politique de la valeur et d’une poétique de l’identité personnelle ». Cette figure de l’amateur éclate d’autant plus au XIXe siècle avec l’irruption du musée, faisant de la collection un lieu de politique de la valeur« .

MAIS QU’EST-CE QU’UNE COLLECTION ?

Selon Francesca Giurato :
Si la première collection d’œuvres d’art réunies par une entreprise a été créée en 1472 par Banca Monte dei Paschi di Siena, une entreprise familiale italienne basée à Sienne, collectionner des œuvres d’art à cette époque était une ambition de l’élite, qui achetait ou commandait des œuvres dont elle pensait qu’elles allaient refléter, et probablement aussi élever, leur statut et leur prestige.

Depuis lors, les entreprises ont continué à constituer des collections, mais la nature de celles-ci et les objectifs qui sous-tendent ces acquisitions ont considérablement évolué.
Aujourd’hui, collectionner des œuvres d’art s’inscrit à la fois dans les stratégies de responsabilité sociale des entreprises et dans les programmes de bien-être des salariés comme une amélioration de la qualité de l’environnement de travail, c’est-à-dire une amélioration qui peut directement bénéficier à la santé sociale et économique d’une entreprise.
Les chroniqueurs reconnaissent généralement David Rockefeller comme le créateur de la logique et de l’objectif qui sous-tendent les collections d’œuvres d’art des entreprises à l’ère moderne ; l’art ne devait pas être réservé seulement aux musées ou aux maisons de riches mécènes comme lui. Après qu’il eût lancé, dans les années 1950, un programme d’acquisition d’œuvres d’art dans une grande banque américaine, de nombreuses autres grandes multinationales ont suivi.
Aujourd’hui certaines entreprises recrutent souvent un consultant pour décider quelles œuvres acheter et où les exposer. Pour ces entreprises, l’idée est généralement de décorer ce qui serait autrement un lieu de travail plutôt triste.
Des sociétés disposant de budgets élevés et d’acheteurs d’art dédiés commandent aussi des œuvres directement aux artistes. C’est un moyen de les aider et de les soutenir sur la durée, d’avoir des œuvres plus personnalisées en faisant appel à des artistes locaux pour renforcer  leur identité d’entreprise et de leur image de marque.
Les collections d’œuvres d’art des entreprises peuvent également profiter au public amateur d’art en mettant leurs collections à la disposition du public, soit temporairement par le biais d’expositions dédiées dans des musées, ou par des prêts d’œuvres individuelles.
En ce sens, des entreprises utilisent leurs bureaux comme musée le week-end en y invitant le public à y admirer les œuvres de leur collection. Ainsi, la Fondation Louis Vuitton, ouverte au public en 2014, et la Banca Monte dei Paschi di Siena qui a régulièrement ouvert au public sa collection jusqu’alors très secrète et inaccessible.

ALORS ? Qu’il soit amateur, dilletante, connaisseur, découvreur, chercheur, aficionado, mécène, passionné, curieux, expert, collecteur, érudit, esthète, intéressé…
un collectionneur est finalement lui aussi un passeur et une cheville ouvrière du changement.

& L’ARTISTE ?

Pour ma part, je ma questionne sur le contenu d’une valeur communément motivante et durable à l’oeuvre de l’artiste.

Ainsi de la définition du mot « valeur » (Cnrtl), on comprend qu’il peut s’agir notamment de :
– « ce qui rend un objet intéressant à être échangé ou vendu, par exemple selon son utilité sociale, présente ou à venir.
– ce qui peut être éternel, qu’il s’agisse de biens ou de qualités telles que : courage, hardiesse… ».
De fait une valeur en tant que telle peut être attribuée à tout ce qui est digne d’estime, de mérite, au-delà de tout jugement subjectif, doté de ces critères internationaux et humains que sont le beau, le bien, le vrai et le juste.

Autrement dit, ce qui précieux est au plus caractérisé d’universel au présent et d’éternel dans son ensemble, cela même que les critiques nous aident à discerner, percevoir et ressentir : une création nouvelle et qui ne l’est pas.

Enfin, du pourquoi et du comment de la nécessité de cette valeur que l’on pourrait dire sans prix à la mesure du temps, je me permets de répondre avec cette seule citation de António Manuel, que :

« l’art est l’exercice expérimental de la liberté ».

ALORS ? Qu’il soit, chercheur, traducteur, passionné, érudit, créateur, novateur, réalisateur, talentueux, muse, sensible, esthète, virtuose, moderne, unique, tendance, voyant, observateur, conteur, réalisateur, éclaireur, historien …
un artiste est avant tout un passeur : la cheville ouvrière du changement.

ET VOUS, QUE DITES-VOUS ?

Shopping cart0
Il n'y a pas d'articles dans le panier !
Continuer les achats
0