ORIGINES DES STÈLES
Une stèle est un monument monolithe dressé, ayant la forme d’un obélisque, généralement plat et placée en position verticale, portant des inscriptions, symboles, gravures, peintures ou sculptures, de nature commémorative, funéraire, religieuse ou géographique. Dès lors qualifiée de monument, elle « signale » un élément ailleurs et/ou dans un autre temps (du latin « monere » : « avertir, signaler« ) et devient une « pierre de dignité », commémorant la mémoire d’un lieu dont elle figure le coeur de la mise en scène.
Le mot « stèle » est pour sa part formé à partir d’un radical, –ste– ou –siste-, commun au grec et au latin, qui donnent lieu à de nombreux dérivés en français (« exister » par exemple).
UN TOUR DU MONDE DE STÈLES
Depuis leur existence – environ un millénaire avant J-C.-, on reconnaît différents styles de stèles selon les époques et les lieux, telles que :
- Celles de l’âge du fer sont des monuments monolithes verticaux taillés, essentiellement en pierre mais aussi en bois, en terre, etc, plus ou moins recouvertes d’inscriptions, de symboles, de gravures ou sculptures, voire de peintures et souvent associées aux domaines funéraire et religieux.
- En Chine, il en existe essentiellement depuis la dynastie Tang, rares étant celles retrouvées de la dynastie des Han. Ellles se présentent avec un titre et un cadre rectangulaire qui délimite le poème et figure les arêtes des stèles de pierre. On peut y lire une Épigraphe en caractères chinois, des versets, etc. La forêt de stèles (un musée d’histoire rassemblant près de 3 000 stèles et de sculptures en pierre principalement bouddhistes) en présente au public.
- En Tunisie, la stèle est « élancée, harmonieuse ». Elle ne porte pas d’inscription, mais est pourvue d’une « gravure soignée ». Des motifs de différents registres y sont gravés « à la roulette », « d’un trait fin et élégant », selon la technique de la toreutique. Les célèbres stèles de La Ghorfa, sont ainsi datées des Ier et IIe siècles. Elles faisaient figures de monuments funéraires.
- En Amérique centrale, les stèles mayas ou «lakam tuun» (signifiant « grande pierre« ), sont les plus connues, essentiellement du IIIe au Xe siècle. Pierres de forme allongée, souvent plus larges qu’épaisses, elles ont été sculptées, le plus souvent en bas- relief, par les artistes locaux, et placées à la verticale. Elles sont souvent associées à des autels, bien que leur fonction réelle soit incertaine. Elles retraccent ainsi un épisode de la vie d’une personnage en particulier (naissance, mariage, victoires militaires…), des évènements marquant royaux, des scènes mythologiques…

- En Egypte, Il y a aussi différentes catégories de stèles : historiques (racontant des victoire, tempête, règne, famine, traité, inventaire…), juridiques (actant des ventes par exemple), pharaoniques (dont le texte écrit a une portée magique, où : « l’inscription agit donc sur le monde réel, aussi longtemps qu’elle subsiste, conférant au Pharaon la puissance protectrice, conférant à la paix la douceur et aux ennemis l’impuissance. »
- En inde, les stèles sont souvent richement ornées de cartouches et de bas reliefs, de frises et de figurines sculptées, portant à la base une épitaphe ou le récit d’une bataille commémorant un héros mort au combat. La tradition de ces monuments remonterait au IVe siècle, bienque la plupart aient été érigées entre la seconde moitié du premier millénaire de notre ère et le XVIIIe siècle.
- En Europe, la stèle est un monument funéraire d’identification des défunts, surtout au sein des nécropoles. En pierre, elle est généralement taillée dans un seul bloc de forme plate, tabulaires, placées debout ou couchées et portent en inscriptions, gravées, scujlptées ou parfois peintes. La plupart de celles retrouvées datent des IIe et Ier siècles av. J.-C. On suppose que des versions similaires ont existé en terre ou en bois, tel qu’en Hongrie, ou au Pays basque par exemple.
- En Europe de l’est, les stèles funéraires sont emblématiques des régions traditionnelles roumaines de Transylvanie, Moldavie occidentale et Olténie et d’origine totémique et pré-chrétienne (selon Cristian-Ioan Popa). Réalisées en bois, elles sont des œuvres de charpenterie d’art populaire. Elles représentent les vertus de la générosité, de l’honneur, de la paix, de l’amitié et de la reconnaissance. Elles étaient initialement réservés aux personnes socialement plus importantes ; les serfs valaques, eux, n’ayant droit qu’à de simples croix, plus basses. Les symboles qui s’y reconnaissent se distinguent en deux groupes : en plaines avec de riches décorations (des éléments végétaux ou zoomorphes, jadis polychromes) et en montagne avec de plus sobres ornements (plutôt géométriques, et non peints).
- En France, à l’âge de fer, « Une stèle est un monument monolithique taillé en totalité ou en partie, symétriquement construit autour d’un axe vertical. Son volume peut être composé d’un sommet, d’un fût et d’un embase, avec un sommet tronconique, tronc-pyramidal, à calotte sphérique ou hémicylindrique. Entre la période gallo-romaine et le Moyen-Âge, les stèles sont essentiellement discoidales, en pierre calcaire ou meulière, sculptées en champlevé, avec une bordure parfois ornée, et une inscription. Leurs deux faces sont le plus souvent identiques.
- En Pays Basque, les plus anciennes remontent à la protohistoire, puis du XVIe au XIXe siècle – la seconde moitié du XXe siècle en annonçant un renouveau de forme -. Elles sont en pierre calcaire ou en grès, parfois peintes, partiellement (à l’est) ou totalement, en bleu cobalt, vert émeraude, ocre jaune ou brun rouge. Il existe également des stèles rectangulaires et des croix. Les motifs sculptés peuvent être : géométriques (comme la virgule), symboliques chrétiens (telle que la croix, le monogramme IHS, le monogramme MA (Marie)), symboliqes de la nature (soleil, lune, lys ou chardon…) pour rappeler le métier du défunt, par exemple. A cela s’ajoute souvent la simple date du défunt (rarement son nom et plus encore celui du sculpteur (dont certains sont reconnaissables à leur style).
- En Iran, une stèle de victoire du roi Naram-Sin, du XXIIIe siècle avant notre ère, a été retrouvée (conservée au Musée du Louvre).
- En israel a été retrouvée une stèle (de victoire) de Tel Dan en basalte, érigée par un roi araméen au IXe – VIIIe siècle av. J.-C.
- En Grèce, une des plus belles stèles funéraires attiques parvenues jusqu’à nous est la stèle funéraire d’Hègèsô (ou Hégéso, entièrement faite de marbre pentélique. Elle date de – 410 / – 400, avant J-C.
- Et chez les Berbères, on connait des petits monuments monolithes dressés, généralement commémoratives, funéraires, religieuses ou géographiques, présentent des inscriptions, des symboles, des gravures ou des sculptures. Ainsi, qu’elles soient funéraires ou votives, elles expriment une élévation vers la (ou les) divinité(s).
Ainsi il n’est pas surprenant que ces savoirs-faires aient inspiré à Victor Segalen, en 1912,
son merveilleux recueil : « Stèles« , dont voici quelques extraits
complétés par un extrait d’un texte de V.Batbedat, sur le même sujet et dans sa continuité, et présenté ICI.
En effet, en tous temps et en tous lieux, des stèles disent un acte, une éloge, une mémoire, etc – fondant l’actualité à l’éternelle histoire, racontant ce qui fut, fonde et marque la / les vie.s. et ne doit pas s’oublier. Mais n’est-ce pas le même propos pour les oeuvres d’art, qui plus est les sculptures : transmettre ?
Dans tous les cas, la stèle invité à l’arrêt ; à prendre un temps, pour découvrir ou se remémorer une histoire, un évènement, un savoir. Pour autant, elle peut occasionner une réunion et faire ainsi figure de signe ou de repère dans un lieu quelle met en scène. Ainsi, les sculptures de V.Batbedat, non pas qu’elles commémorent un évènement à la manière d’un monument, mais apportent à un espace une histoire, créant un « lieu », s’inscrivant ainsi dans la tradition de la transmission. En effet, de même que la stèle, ses oeuvres invitent les regards à s’octroyer un temps de découverte, à se détourner un moment de leur « objetcif », telle une occasion de détour, de changement, de rencontre ; un passage.
De cette façon le sens de « la lecture » se retrouve, non plus seulement aux mises en formes des alphatets, sinon à la vie dans sa globalité, qu’il s’agisse du ciel, de la carte, du poème, de la surface de l’eau, du visage, etc. Car ne pas perdre le sens de ces lectures, de leur réalité, de leur authenticité est un propos fondateur à de toute création artistique. Ainsi du signe ou du rappel, à l’accueil et au passage, les réalisations en pierre – notamment – érigées, car elles sont ainsi l’objet d’un travail volontaire, interpellent autant que toute parole. En tant que tels, elles jalonnent nos espaces où elles se proposent comme abris, comme repères…
Aussi graveur (buriniste), V.Batbedat laisse des traces écrites, fondamentalement rythmées, telles que celles dont sa monographie « Le lézard » fait l’objet, pour dire les lieux. En effet, sculpteur du vide et aventurier, si son bonheur est de découvrir, plus immense lui est celui de partager. C’est ainsi qu’il créé des « aventures du tube » et des « parcours du tube » qui souhaitent rendre perceptible ce qui ne l’est a priori pas : l’infini.
« Les contours fuyants de l’aventure, c’est un « parcours dans l’espace/temps, écrit l’artiste, qui n’a pas à se lancer à l’assaut des espaces intersidéraux pour sentir le souffle des orbites galactiques ; en art tout est réel« .
(propos recueilli par Paule Gauthier, « catalogue néoconstructuviste »)
Ainsi, à cette question commune devant des oeuvres d’art : « où souhaite nous mener l’artiste ? », qu’il s’agisse de témoignage, d’évocation, d’appel, etc, en effet toute oeuvre souhaite interpeller et inviter à une expérience sensorielle menant à une rencontre – qu’elle soit de soi et/ou de l’autre -. Ces invitations à participer activement à l’oeuvre induisent un mouvement commun, apparenté au « cheminement« . Aussi, selon la coutume de laisser la trace de son passage en traversant le désert (lors des transhumances), la tradition de V.Batbedat est bien de marquer son passage sur cette « route du vide » que figure sa vie, si invisible puisse-t-elle paraître, et qu’il a choisi de raconter et rendre perceptible à travers la sculpture.
« Comme un symbole, ces pierres jettent un pont entre le visible et l’invisible et laissent notre regard s’abandonner à ce point de jonction mystérieux. Nous avons été frappés par cette évocation du désert, avec ses monuments ésotériques qui nous élèvent au-dessus de son immensité, de sa couleur et de la dimension métaphysique qu’il suggère« .
(Galerie Triff – mai 1991.)
Aussi, plus à propos des stèles, à mi-chemin entre le burin et la sculpture, V.Batbedat créé de nombreux reliefs, aux dimensions du bijoux autant qu’à celles du bâtiment, et dont les tracés se modulent au fil des heures, des saisons, des lumières et des ombres, et dont les variations racontent le temps, et les perceptions que nous en avont différemment.
« Quelle gageure, que celle de simuler l’espace ! La part d’illusion spatiale, inhérente au dessin, est compensée par son détachement d’avec la réalité. L’essentiel reste dans l’acte d’édifier, ici à partir de la ligne plus que dans la masse.«
(Lydia Harambourg, « Diversité »)
Signe, repère, jalon, marque, arrêt, passage, borne, monument, marque…. les appellations peuvent être nombreuses pour simplement décrire l’objet qui garde la mémoire de temporalités essentielles au maintien d’un heureux équilibre de vie commune. Et la sculpture en fait partie ! En cela, si tant est que toute oeuvre d’art puisse prétendre à cette fonction, il semble nécessaire que celles-ci soient accessibles afin d’être utiles et de remplir leur véritable fonction commune !
Enfin, de l’histoire du temps marqué par des évènements à celle de la musique rythmée par des pulsions, pour l’un et l’autre, il semble que le « tempo » se fasse à la mesure des rencontres, entre les silences et leurs contraire.
Le tempo du vivant, au coeur du souffle commun, sujet de l’art dont chaque expression peut figurer une systole et/ou dyastole, veille, ainsi la stèle, au maintient de l’évolution, semble aussi nous dire l’artiste.























